Sowa


Il y a quelque chose d’intemporel dans l’idée même d’une jeune femme qui chante avec sa guitare. Si Joan Baez et Joni Mitchell en ont créé l’archétype, des générations d’artistes, de Tracy Chapman à Laura Marling, l’ont entretenu. Non seulement Fatoumata Diawara se réapproprie à son tour cette image forte, mais elle la transpose dans une époque nouvelle, dans une autre culture, donnant ainsi une perspective résolument africaine au concept d’auteure-compositrice-interprète.
Avec la fraîcheur de son talent, un son bien à elle et une flopée de belles chansons, Fatoumata Diawara publie le 29 septembre 2011 chez World Circuit son premier album Fatou. Grande, superbement élégante, au sourire radieux, elle mêle jazz et funk à un folk minimal. À travers une sensibilité pop instinctive, elle réinvente les rythmes rapides et les mélodies blues de son ancestrale tradition wassoulou. Au centre de sa musique, sa voix chaude et touchante, sa guitare rythmique et ses chansons magnifiquement mélodiques racontent avec force une vie bien remplie mais qui fut souvent difficile.

Damon Albarn, Toumani Diabaté, Herbie Hancock et John Paul Jones sont quelques-uns des musiciens les plus connus qui ont succombé au charme musical évident de Fatou, sa présence ayant illuminé les spectacles Africa Express, AfroCubism et le projet Imagine de Hancock.
Née en Côte d’Ivoire, ayant grandi au Mali et résidant aujourd’hui à Paris, celle qu’on appelle simplement Fatou a déjà connu, à seulement vingt-neuf ans, toute la gamme des expériences africaines d’aujourd’hui ; elle s’est battue pour accomplir ses ambitions artistiques, elle a vécu les préjudices culturels subis par les femmes. Et puis, elle a rencontré le succès comme actrice avant de réaliser que son destin était dans la musique…
Chant langoureux, picking hypnotique inspiré de la harpe wassalou et contrebalancé par un piano Rhodes en sourdine : Kanou en ouverture, donne le diapason de l’album. Bissa souligne par un groove funk discret une vision désabusée sur le droit qu’a une femme de choisir son conjoint, tandis que Boloco transcende par un chant plein d’amour le sujet difficile de l’excision, avec des touches de guitare et de luth ngoni joué par les jeunes musiciens Guimba et Moh Kouyate. Le très entraînant Sowa, sur un tapis de percussions, raconte la pratique africaine de faire élever ses enfants par d’autres. Son message est fort : Avant d’envoyer vos enfants à la souffrance, regardez-les dans les yeux !
En écoutant ce premier album dont elle a écrit toutes les chansons, leurs arrangements, et où elle assure en plus les chœurs et les percussions, on ressent une chaleur naturelle, une confiance et une spontanéité. C’est l’essence même de Fatou.


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